Esquive – N°5.8% – Novembre 2014

Esquive - 5.8% - Juin 2014

Esquive – 5.8%

Logement à Genève: la gestion par la crise

La crise du logement à Genève semble parfois aussi vieille que la destruction de ses fortifications. Qui se souvient encore de l’époque où l’on pouvait passer un mois sans se faire rabattre les oreilles par l’urgence catastrophique de la situation? Qui peut encore croire aujourd’hui qu’elle représente autre chose qu’un mode de gouvernance?

La définition statistique de la crise du logement est basée sur le taux de vacance des habitations, c’est-à-dire sur le nombre de logements disponibles en attente de locataires ou d’occupation par leur propriétaire. Derrière cette définition se cache une technique de gestion voulue et contrôlée par ceux qui en proftent. D’abord, parce que “la crise” permet aux propriétaires et aux régies d’engranger des bénéfices indécents depuis des décennies. Ils profitent d’un rapport de force incomparable.En faisant peser sur les locataires la peur de perdre leur appartement, et aux nouveaux habitants la chance qu’ils ont d’avoir trouvé où se loger.

Ensuite, parce qu’ils ont toujours beau jeu de se poser en victime de lois limitant les constructions ou un tant soit peu leur soif de profit: ces zones agricoles qu’on leur empêche de déclasser, ces quartiers déjà extrêmement densifiés où on les empêche de surélever leurs immeubles, ces logements sociaux qu’on leur impose dans leurs nouveaux bâtiments.

La puissance politique des milieux immobiliers n’a comme seule concurrente celle des policiers. Mais les propriétaires sont beaucoup plus riches. Ils peuvent placer à l’envi leurs créatures au Conseil d’Etat, comme Mark Müller, ou au poste de Procureur général, comme Zappelli.
Ainsi, lorsqu’il a été décidé que les squats étaient des résidus d’un passé suranné, ce dernier est arrivé à point nommé pour finir de les décimer. C’est jusque dans le langage que leur influence est sensible, quand le mot spéculation a aujourd’hui disparu des pages des journaux et des bouches politiciennes. En même temps que sa pratique, voudrait-on nous le faire croire.

La crise n’a rien d’exceptionnelle, qu’elle soit du logement ou économique, locale ou mondiale, elle n’est qu’un levier politique que les crapules de ce monde ne se lassent pas d’activer. Et, très visiblement, c’est pas nous qui y gagnons.

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